Vous avez dit humain ?

"L'homme n'en est qu'à son crépuscule, il se tient debout, entre la nuit de son gnome intérieur et le jour de son moi divin"*.

Voici des siècles que certains sages tentent de nous montrer le chemin. Cinq siècles avant J-C, la citation de Socrate sur l'Oracle de Delphes indique : "Connais-toi toi-même et tu connaitras l'univers et les dieux". Au XIXe siècle, Nietzsche invente le concept de Surhomme, à savoir l'Homme qui se dépasse ; il fut incompris à son époque et encore aujourd'hui. 

Pourquoi cette injonction régulière de nos grands penseurs à nous connaître en vérité et à nous dépasser ? Qu'est-ce que devenir Homme ?

UN HOMME EST CELUI QUI PROTEGE LES PLUS FAIBLES

De récentes études anthropologiques** démontrent que l'évolution d'une civilisation se mesure à sa capacité à prendre soin des plus faibles. Or nous, petits hommes et petites femmes,  parvenons mal à protéger les plus faibles car nous les considérons insuffisamment comme une partie de nous-mêmes. Observons seulement comment sont traités nos fous, nos vieux et nos estropiés...

Rien ne sert de courir trop vite : le chemin ne sera accompli que lorsque nous tous avancerons dans la même direction. Car nous sommes à la fois les marcheurs et la voie.

UN HOMME EST CELUI QUI AGIT AU SERVICE DE LA VIE

Il a conscience d'être un être vivant parmi d'autres et prend soin, à chaque instant, de son environnement et de sa biodiversité. Or nous, petits hommes et petites femmes, parvenons mal à respecter notre habitat naturel et nos colocataires. Nous polluons nos eaux, nos airs et nos forêts. Nous ravageons nos champs pour y cultiver des légumes sans saveur. Nous élevons et abattons des êtres sensibles sans respect ; nous les consommons sans conscience. Nous faisons comme si nous étions au-dessus de la nature. 

Nous oublions que nous sommes les enfants de la terre, bien avant d'en être ses laboureurs. 

UN HOMME EST CELUI QUI COMBAT SON ENNEMI INTERIEUR

Il travaille sur lui pour transformer ses instincts, canaliser ses émotions et maîtriser ses pensées. Or nous sommes bien en peine de penser par nous-mêmes et de nous comporter librement. Nous critiquons beaucoup et agissons peu. Nous cherchons en tout la culpabilité de l'autre sans considérer notre propre responsabilité. Nous projetons sur autrui nos propres désirs et peurs. Nous supposons souvent sans chercher à connaître vraiment. Nous communiquons souvent de manière tronquée avec des mots qui ratent la chose - et quand ils la saisissent, ils ratent notre coeur !

Dire vrai, agir juste et aimer bien, dans une congruence tête-corps-coeur, est un art que seuls quelques Sages semblent maîtriser.

CONCLUSION

Il semble que nous soyons encore à l'aube de notre Humanité. Nos technologies les plus pointues ne feront pas de nous des Hommes si nous n'intégrons pas cette sagesse à trois niveaux : fraternité à l'égard de nos alter-egos, respect de notre eco-système, dépassement de notre ego-logique.

Avec Nuit debout, nous pouvons être confiants en l'avénement d'un Homme Nouveau, plus conscient des autres, de la vie et de lui-même. Mais être debout n'est pas une condition suffisante pour faire éclore sa nature supérieure. Faut-il encore avancer dans cette direction... Pour guider nos pas, réécoutons le merveilleux poème de R. Kipling : "Et tu seras un Homme mon fils"*** : https://www.youtube.com/watch?v=Y1cI4s3Lp88

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*  Khalil Gibran dans Le Prophète.

** Décrypter la différence, sous la direction de Valérie Delattre et Ryadh Sallem, Collection "Les Défis de civilisation".

*** "Et tu seras une Femme ma fille", ça marche aussi, non ? L'Homme supérieur aura intégrer sa part d'ombre, son principe féminin. Et vice-versa pour la Femme supérieure.

Cet article a été écrit et publié le 28 mai 2016 sur le profil Linkedin de Solenn Thomas. Il est toujours d'actualité...

 
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